Quand le luxe européen rencontre l’Afrique

By Pascal Faucon

Mélanger deux styles très différents peut mener à un désastre ou au succès : c’est cette deuxième voie qu’a emprunté Daniel Tohou, mêlant l’art africain à la culture française. Le créateur français de la marque Nefer interviendra comme designer dans un film promotionnel, sorte de un remake de Samson et Dalila, qui sera présenté au cours de la finale du prochain Superball américain. Quelle est l’histoire de Nefer ?
 
 

L’histoire de Daniel Tohou

 
Issu d’une famille modeste, Daniel Tohou, d’origine togolaise par sa mère et béninoise par son père, a grandi à Villiers-le-Bel. Rien ne le prédestinait au début à se tourner vers la haute couture : titulaire d’un BEP en comptabilité, il obtient un baccalauréat en action et communication commerciales puis un BTS en marketing avant de travailler un peu avant de reprendre des études en master de philosophie. C’est ce parcours de touche-à-tout qui lui a permis de créer sa propre entreprise, alliant savoirs théoriques et compétences pratiques.

Le goût du luxe lui est venu de sa mère qui lui répétait que, même s’ils n’étaient pas riches, le plus important était d’avoir une présentation impeccable. C’est ce goût, voire cette exigence, de style, que cela concerne les couleurs ou encore les proportions, qui va le pousser vers la haute couture.

Il commence par une première boutique de costumes dans Paris, en « vendant de l’élégance » comme il aime à dire. Achetées en Italie, les vestes qu’il propose sont autrement introuvables en France, élément fondamental de la réussite de cette affaire. Et pourtant, cela ne suffit pas à ses yeux : il souhaite participer pleinement au processus de création des vestes afin d’y mettre son identité. Il décida alors de revendre sa boutique et d’intégrer l’unique école de tailleurs en France, l’Association formation tailleur (AFT) dont la formation dure 2 ans. Patronage, essayage, couture à la main : il apprend pas à pas toutes les techniques indispensables pour confectionner soi-même ses propres modèles. Il se forme également chez les plus grands couturiers, tels que Lanvin ou encore Smalto. Chez ce dernier, le tailleur de luxe le plus emblématique en Afrique, il a beaucoup appris au contact d’artisans avec 40 voire 50 ans de métier. En tant que couturier de luxe, le créateur de Nefer peut enfin laisser s’exprimer son amour pour le vêtement et l’art.


 
 

Nefer, la rencontre du luxe et de la culture africaine

 
De la rencontre entre le luxe à la française et la culture africaine nait Nefer en 2013, la première collection haute couture de Daniel Tohou. Son objectif est redoutable de par sa simplicité et son efficacité : il a choisi d’allier l’élégance parisienne avec les racines africaines léguées par ses parents. Une de ses icônes est Oswald Boateng, un tailleur anglais d’origine ghanéenne, qui a redéfini les codes du tailleur en proposant plus de couleurs et de modernité dans ses pièces. Selon le créateur de Nefer, l’artisanat permet d’apporter de la modernité dans le secteur du luxe, un luxe suggéré et non ostentatoire, miroir de sa timidité.

C’est une quête identitaire qui l’a mené vers cette volonté de mettre en avant des attributs africains dans ses costumes européens. Il cite volontiers ses sources d’inspiration, telles que le mouvement des Black Panther ou encore les livres « Les damnés de la terre » et « La férocité blanche ».

Le premier client de Nefer fut une commande sur mesure pour un costume pour Jidenna, le chanteur américain de « Classic Man ». Ensuite, Daniel Tohou a été amené à habiller des artistes présents au festival de Cannes l’année dernière ou encore aux Grammy Awards. En outre, une de ses armes pour communiquer avec son public est l’utilisation des réseaux sociaux : son compte Pinterest fut longtemps classé parmi les 10 premiers de l’application, toute sa collection est disponible sur son site internet et il reste en contact avec ses clients grâce à Facebook.
 
 

Talents aux frontières

 
L’excellence, le talent, l’innovation émergent souvent aux frontières car c’est à la frontière que naissent les inspirations nouvelles et se font les rencontres. Nefer est donc née de la rencontre entre l’art africain et la culture française, à la frontière de leurs différences mais aussi de leurs partages.

Pascal Faucon
 
 

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