Se préparer à l’international

By Pascal Faucon

Apprendre à évoluer dans un monde incertain
Pascal Faucon, 30 Mai 2012, UNESCO
Pascal Faucon UNESCO 2007
 

ETES VOUS A LA RECHERCHE DU JOB IDEAL ?

C’est l’histoire d’un ingénieur parti travailler aux USA dans le secteur des hautes technologies. Conscient de l’importance de l’Asie, il pose donc sa candidature pour un nouveau poste en Asie. Il se retrouve dans le même secteur qu’aux USA mais dans une entreprise en Inde. A son arrivée en Inde, il se rend compte que le poste dans l’entreprise ne correspond pas vraiment à ce qu’il a imaginé. Il va ensuite passer son temps à essayer de changer de poste pour essayer de faire la même chose qu’aux USA en ne voyant pas que les indiens ne peuvent le lui offrir.

PARTIR TRAVAILLER VIVRE A L’ETRANGER N’EST PAS UN VOYAGE TOURISTIQUE

Partir travailler à l’étranger n’est pas un voyage touristique. Si vous achetez un voyage chez un Tour Opérator ,celui-ci vous propose un produit standard qu’il a pu mettre au point et tester. Chaque journée fait l’objet d’un planning et d’une organisation précise.
Vivre et travailler à l’étranger, c’est partir pour apprendre à travailler avec des personnes d’une autre culture. A chaque personne correspond une mise en situation différente comme dans la vie professionnelle. L’incertitude est donc nécessairement présente dans ce type de projet. Quand une personne est recrutée dans une entreprise, personne ne peut prédire comment se passera son intégration. Elle va dépendre de la personne elle même, de son encadrement, de ses collègues, de la situation de l’entreprise au moment de son arrivée. 
Vous pourrez investir du temps et de l’argent pour préparer son projet professionnel, mais rien n’empêchera que des imprévus puissent se produire dés le premier jour de son arrivée dans l’entreprise. Le succès professionnel ne s’achète pas. Partir est une aventure interculturelle avec de nombreux événements qui peuvent influer sur le déroulement de votre projet.
Vous pourrez être accompagné et aidé pour gérer les imprévus, mais ils seront nécessairement présents dans son projet.

 

LA VIE A PLUS D’IMAGINATION QUE NOUS

Auriez vous pu imaginer votre vie dix ans plus tôt ? La plupart d’entre nous répondent non à cette question. Demain ne peut être prédit. La vie est plus créative que notre imagination. Il en est de même dans notre vie professionnelle. Nous pensons parfois contrôler les choses, mais il y a toujours un grain de sable, ou une nouvelle opportunité qui surgit. Des portes se ferment, d’autres s’ouvrent, nous devons nous adapter sans cesse. Partir à l’international, c’est certainement encore plus s’exposer aux imprévus, mais aussi s’ouvrir de nouveaux horizons que nous ne pouvions imaginer. Nous préparer, c’est apprendre à vivre positivement l’inattendu pour transformer ce qui peut nous déstabiliser en opportunités de rencontres ou de nouveaux projets.

Nous pouvons nous préparer, mais une fois les dés choisis nous devons jouer avec. Nous pourrons passer notre vie à nous préparer pour partir. Le seul apprentissage d’une langue prend des années. Une vie ne suffirait pas pour découvrir toute la richesse d’une écriture , ou plus généralement d’une culture qui reste toujours un horizon à découvrir.
A quel moment partir ? Quand vous en avez l’opportunité et les moyens…. Comme dans tout voyage on ne peut partir avec sa maison sur le dos, nous partons avec ce que nous avons pu mettre dans notre sac à dos (un projet professionnel, un projet de vie, …). Nous devons ensuite nous débrouiller avec ce que nous avons, vivre cette expérience comme une aventure, nous adapter aux situations rencontrées et avancer en fonction de l’équipement dont nous disposons et des opportunités qui s’ouvrent à nous.
Votre projet n’a pas un objectif …. mais tous les objectifs que vous voudrez bien lui donner. Dans le cadre de leurs études, les étudiants de l’INALCO (anciennement « Langues Orientales ») effectuent souvent des stages en Asie. Un étudiant ayant trouvé par lui-même un stage à Pékin, se retrouve dans la grande banlieue sur un chantier ressemblant plus à un terrain vague dans un cadre « purement chinois » c’est à dire sans aucun encadrement pouvant parler anglais. Beaucoup de jeunes auraient renoncé à ce stage compte tenu du contexte. Mais cet étudiant a choisi d’aller jusqu’au bout de l’aventure afin de se montrer à lui même , ainsi qu’à son école ou à des futurs recruteurs qu’il était capable de s’adapter à toutes sortes de situation en Chine.
N’enfermez pas votre projet professionnel à l’étranger dans un objectif prédéfini. Vous risquez d’être déçu. La vie n’a pas un sens unique. Elle a tous les sens qu’on veut bien lui donner. C’est la relecture de votre histoire personnelle qui vous permet de donner un sens à votre vie, sens que vous ne lui auriez pas nécessairement donné auparavant. Il en est de même dans notre vie professionnelle. Nous avançons souvent en fonction d’opportunités qui nous permettent de vivre de nouvelles expériences. C’est la relecture de nos aventures professionnelles qui nous permet de donner un sens à notre vie professionnelle.
A l’étranger, vivez votre vie professionnelle et votre vie quotidienne comme une aventure. N’enfermez pas initialement votre travail dans un cadre. Le cadre que vous fixerez sera forcement limité. C’est à la relecture de votre aventure à l’étranger que vous pourrez définir le cadre à lui donner pour la valoriser, et cela en fonction de vos interlocuteurs (recruteur, ou amis).

 

LAISSEZ VOUS PROPOSER DE NOUVELLES ROUTES

Un français travaille sur un chantier à l’étranger. Après trois mois passés à vivre dans son nouvel environnement nous faisons le point. Il m’avoue qu’il a l’impression de ne rien avoir appris, en particulier d’un point de vue technique. Il a le sentiment que les normes et les standards utilisés ne sont pas du tout au niveau de ceux utilisés dans son pays d’origine. Je lui explique alors que les bureaux de contrôle occidentaux se développent justement de façon remarquable dans certains pays car le marché du contrôle y est justement nécessaire. Le Sichuan en Chine par exemple a été victime d’un tremblement de terre dont les effets ont été dévastateurs car la plupart des constructions ne répondaient pas aux normes antisismiques. Le contrôle de la reconstruction est donc particulièrement important pour les autorités, les banques qui la financent, et bien sûr la population. Des marchés importants ont donc été alloués dans le domaine du contrôle à des sociétés étrangères, en particulier lorsque les chinois ont fait appel à des financements internationaux pour la reconstruction. Ces sociétés de contrôle étrangères sont moins victimes de la corruption locale qui peut parfois exister. C’est pour cette raison que l’un des débouchés pour les ingénieurs occidentaux du secteur de la construction se trouve dans le secteur du contrôle. C’est une vraie opportunité à condition que les ingénieurs occidentaux puissent justifier d’une vraie expérience terrain dans des pays non occidentaux.
Prendre du recul est nécessaire pour pouvoir découvrir les opportunités qui s’ouvrent à nous. Vivre son travail quotidien tout en découvrant le monde professionnel qui nous entoure avec ses questions, ses priorités, et ses opportunités pour les occidentaux….

 

DE NOS RENCONTRES ET NOS EXPERIENCES PEUVENT SURGIR DES IDEES DE GENIE

C’est l’histoire de l’École de Paris des artistes chinois venus en France. Parmi les premiers, le peintre Zhao Qi qui fut l’ami de Picasso. Sa peinture est l’expression de la rencontre entre la culture chinoise et la culture occidentale. Peu connu du grand public français il est pourtant l’un des plus grands peintres chinois du 20eme siècle. Son enracinement en France l’a même amené à prendre notre nationalité.
En sens inverse François Julien est un philosophe français spécialiste de la pensée grecque. La rencontre avec la Chine, sa langue, et ses philosophes l’ont amené à devenir l’un des plus grands spécialistes du dialogue entre ces deux grands humanismes. La connaissance des deux cultures permet de mettre en relief les questions qui les habitent, les réponses qu’ils essayent de donner et la façon dont ils peuvent s’éclairer l’une et l’autre. François Julien ou Zhao Qi montrent dans leurs champs réciproques combien la diversité culturelle est source d’une richesse immense. Le secret de nos deux génies est dans le questionnement. et l’écoute lors de leurs rencontres. C’est le questionnement et l’écoute qui les ont mis sur la voie, celle qui conduit à la créativité et à l’innovation.
Profitez de votre experience à l’étranger pour vous questionner, pour écouter, pour refuser les réponses faciles. « Lorsque le doigt du Bouddha montre la Lune, l’idiot regarde le doigt » Sachez regarder au delà du doigt du Bouddha. Cherchez ce que montre véritablement chaque chose, chaque comportement, chaque réaction. Questionnez vos sentiments, vos impressions, vos jugements, votre connaissance… On ne regarde que trop souvent le doigt du Bouddha et non la Lune. Le doigt du Bouddha nous montre le chemin de la connaissance et du génie.

 

MA FAIBLESSE EST MA FORCE

Un stagiaire français en Chine ne maîtrise ni la langue, ni la culture, ni l’environnement …. Il est limité par rapport à son homologue, l’étudiant chinois formé en France qui lui connaît à la fois notre pays et le sien. Les entreprises françaises ont souvent cette analyse . C’est pour cette raison qu’elles recrutent finalement très peu de juniors français en Chine.
Être un étudiant français en Chine constitue donc dans certains cas un handicap. « Ma faiblesse est ma force » . Cela veut dire qu’être français peut aussi être une force, en particulier pour les entreprises chinoises qui souhaitent se développer en France. Une fois la confiance établie au cours du stage, elles s’adresseront à vous en priorité pour essayer de se construire un avenir en France que vous décidiez de rester en Chine ou que vous retourniez en Europe.

 

TRANSFORMER L’ECHEC EN OPPORTUNITE

La vie est ainsi : Ce qui nous fait tomber peut aussi nous faire avancer.  Le licenciement en est l’exemple le plus frappant dans la vie professionnelle. Lorsqu’on est convoqué par son patron pour se voir notifier que nous devons quitter l’entreprise qui nous emploie nous vivons les moments les plus durs de notre vie au travail. Nous sommes souvent devant un précipice en pensant à notre conjoint, nos enfants, ceux qui dépendent de nous, qui nous font confiance. Nous regardons le passé et nous essayons de comprendre ce que nous avons mal fait. Nous culpabilisons nécessairement car nous sommes forcement responsables. Il faut alors avoir une grande force intérieure pour réagir et se projeter dans le futur.

Pourtant ils sont nombreux ceux qui après quelques années pensent que cette épreuve leur a permis d’avancer en changeant de travail ou en créant leur entreprise. Il y a parfois des drames, mais il y a tout de même de nombreuses belles histoires. La chance et le travail sont certainement importants dans les réussites, mais le questionnement et la confiance en soi sont essentiels aussi. Je vais me relever parce que j’en suis capable. Dans la vie professionnelle, vos futurs employeurs, clients ou partenaires ne vous feront pas confiance si vous n’avez pas confiance en vous, si vous n’êtes pas capables de transformer vos échecs en chances pour vous et votre entourage… Les difficultés que vous rencontrez lors de votre expérience professionnelle à l’étranger peuvent confronter à vos limites, à celles de l’entreprise qui vous accueille. Vous pouvez avoir à le vivre comme un échec ou comme une opportunité.

 

Pascal Faucon
Forum des jeunes, 30 Mai 2012: Se préparer à l’international
Cette intervention a été reprise dans le livre «Le guide du stagiaire en Chine» de Pascal Faucon